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Parties prenantes externes : les repérer, les classer et leur parler sans se tromper de priorité

Élise Bourdelles 7 min de lecture
Partie prenantes externes : matrice influence-intérêt pour prioriser le dialogue

Une partie prenante externe est une personne ou une organisation extérieure à l’entreprise qui peut influencer ses décisions ou subir leurs effets : clients, fournisseurs, pouvoirs publics, associations, riverains, médias. Les connaître n’a rien d’un exercice théorique. Ce sont elles qui accordent, ou retirent, le marché, l’autorisation, le financement et la confiance dont l’entreprise a besoin pour travailler.

Ce qui distingue une partie prenante externe d’une partie prenante interne

La notion vient de la théorie des parties prenantes de R. Edward Freeman : une organisation ne répond pas seulement à ses propriétaires, mais à tous ceux qui sont concernés par son activité. Les parties prenantes internes (dirigeants, salariés, parfois actionnaires) agissent au sein de l’organisation. Les parties prenantes externes, elles, n’en font pas partie, mais leurs attentes pèsent sur sa stratégie.

Matrice influence/intérêt pour cartographier les parties prenantes externes d'une entreprise
Matrice influence/intérêt pour cartographier les parties prenantes externes d’une entreprise

Une frontière qui dépend des situations

Le classement n’est pas toujours évident. Les actionnaires sont souvent rangés parmi les acteurs internes lorsqu’ils siègent à la gouvernance, mais un investisseur minoritaire ou un créancier reste extérieur à la vie quotidienne de l’entreprise. Les concurrents sont externes, bien qu’ils n’aient aucun lien contractuel avec elle. Le plus utile est de décider d’un critère clair (participation à la décision ou non) et de s’y tenir dans toute la démarche.

Actives, passives, éloignées

On distingue aussi les parties prenantes actives, qui interviennent dans les décisions ou les font évoluer, des parties prenantes passives, qui subissent les conséquences sans être entendues. Certaines sont dites éloignées : elles sont touchées indirectement, par exemple les communautés situées en bout de chaîne d’approvisionnement. Ce sont souvent les plus silencieuses, donc les plus faciles à oublier.

Qui sont les acteurs externes, et ce qu’ils attendent

Chaque acteur entretient une relation différente avec l’entreprise : dépendance, contrôle, contre-pouvoir, soutien. Le tableau suivant en donne une vue d’ensemble.

Acteur Ce qu’il attend Ce qu’il peut faire peser
Clients et consommateurs Qualité, prix, transparence, produits responsables Fidélité, réputation, avantage concurrentiel
Fournisseurs et sous-traitants Relation durable, paiements fiables, clarté des exigences Qualité, délais, coûts, impacts sociaux et environnementaux
Pouvoirs publics et autorités Conformité, déclarations, respect des règles Réglementation, contrôles, sanctions, autorisations
Banques et créanciers Solvabilité, visibilité sur les risques Accès au financement
Associations et ONG Engagements vérifiables sur le social et l’environnement Opinion publique, campagnes, interpellations
Communautés locales Emplois, limitation des nuisances, dialogue Acceptabilité sociale des activités
Médias Information accessible et fiable Image et réputation

Clients, utilisateurs, prescripteurs : ne pas tout mélanger

Le client achète, l’utilisateur se sert du produit, le prescripteur oriente le choix, le distributeur le met en rayon. Ces rôles sont parfois portés par des personnes différentes, surtout en B2B, et leurs attentes ne coïncident pas. Un acheteur cherche un prix, un utilisateur une prise en main simple, un prescripteur une garantie de sérieux. Traiter ces acteurs comme un bloc unique conduit à répondre à côté.

Fournisseurs : l’acteur le plus sous-estimé

Selon Positive Company, plus de 50 % de l’impact RSE d’une entreprise provient de ses fournisseurs, et environ 70 % de l’empreinte carbone moyenne relève du scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes de la chaîne de valeur. Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi l’évaluation RSE des fournisseurs est devenue un sujet central : on ne peut pas piloter sérieusement sa performance en ignorant ceux qui en produisent la moitié.

Pourquoi ces acteurs comptent en RSE

Dans une démarche de responsabilité sociétale, les parties prenantes externes servent de point de repère : elles disent où se situent les attentes et les risques. La norme ISO 26000 place d’ailleurs l’identification et le dialogue avec les parties prenantes parmi ses principes. Le devoir de vigilance, la CSRD et la CS3D renforcent cette logique en demandant aux entreprises concernées de regarder au-delà de leurs murs, vers leurs fournisseurs et leur chaîne de valeur. Le périmètre d’application dépend de la taille et du statut de chaque entreprise, à vérifier au cas par cas.

Le risque d’une relation mal gérée

Un client déçu s’en va, un fournisseur mal traité devient peu fiable, une association ignorée peut déclencher une campagne, une communauté locale qui se sent écartée peut bloquer un projet. Dans chaque cas, le coût est réputationnel, opérationnel ou réglementaire. Le dialogue ne supprime pas ces tensions, car les intérêts financiers, sociaux et territoriaux peuvent réellement s’opposer, mais il permet de les voir venir et d’arbitrer en connaissance de cause.

Cartographier sans se noyer

La cartographie transforme une liste confuse d’acteurs en priorités d’action. Elle suit une séquence simple : recenser, qualifier, hiérarchiser, puis agir.

Recenser et qualifier

On commence par lister tous les acteurs, en parcourant la chaîne de valeur de l’amont (fournisseurs) à l’aval (clients, distributeurs), puis le territoire (collectivités, riverains) et l’environnement réglementaire. Pour chacun, on note ce qu’il attend, ce qu’il peut faire peser sur l’entreprise et son degré de dépendance vis-à-vis d’elle. On repère aussi les parties prenantes silencieuses : celles qui sont affectées mais n’ont pas de porte-parole naturel.

Pour garder une liste exploitable, une astuce consiste à regarder un groupe comme on regarde l’étoffe d’un vêtement : à distance, on voit un motif unique ; de près, on distingue des fils très différents. « Les riverains » ou « les clients » ne forment pas un bloc homogène, ils sont tissés de sous-groupes aux intérêts parfois opposés. Il vaut mieux désigner un représentant légitime par ensemble pertinent que multiplier les interlocuteurs ou, à l’inverse, parler à un seul porte-voix qui ne reflète pas la trame réelle du groupe.

Hiérarchiser avec deux matrices

La matrice influence/intérêt croise le pouvoir d’un acteur sur l’entreprise et l’intérêt qu’il porte à ses activités. Un acteur à forte influence et fort intérêt se gère de près ; à forte influence mais faible intérêt, on l’informe et on le surveille ; à faible influence mais fort intérêt, on l’écoute et on le tient informé ; les autres font l’objet d’un suivi léger. On peut affiner avec la légitimité et l’urgence de ses demandes.

La matrice de matérialité, elle, croise l’importance d’un enjeu pour les parties prenantes et son importance pour l’entreprise. Elle sert à choisir les sujets (émissions, conditions de travail, éthique des achats) autour desquels bâtir le plan d’action. Les deux outils se complètent : l’une classe les acteurs, l’autre les thèmes.

Dialoguer dans la durée

Le dialogue efficace est transparent, réciproque et continu. Il se prépare : on choisit le format selon l’acteur, puis on s’engage sur un retour visible.

Choisir le bon format

  • Entretiens individuels pour les acteurs à forte influence ou les sujets sensibles.
  • Questionnaires pour consulter un grand nombre de clients ou de fournisseurs.
  • Ateliers ou repas parties prenantes pour faire dialoguer des acteurs aux intérêts différents.
  • Co-construction lorsqu’un projet a besoin de l’adhésion du territoire ou des partenaires.

Quelques questions simples suffisent à démarrer : qu’attendez-vous de nous ? Quels risques voyez-vous dans notre activité ? Sur quels points pouvons-nous nous améliorer ?

Suivre, rendre compte, réévaluer

Un dialogue sans suite abîme la confiance plus qu’il n’en crée. Après la consultation viennent le plan d’action, la restitution aux participants (la redevabilité) et l’évaluation. Un taux de réponse, le nombre d’engagements tenus ou l’évolution des plaintes donnent des indicateurs concrets. La cartographie se met à jour à chaque transformation importante, crise, projet ou évolution réglementaire, et au minimum à intervalles réguliers.

Élise Bourdelles

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